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Visite médicale du travail : la périodicité de chaque visite, et comment ne plus manquer une échéance

Dans une PME, le suivi médical des salariés tient souvent à une seule personne et aux convocations du service de santé au travail. Ce guide donne, visite par visite, le délai ou la périodicité maximale fixés par le Code du travail, dit qui prend l’initiative et ce que risque l’employeur, puis montre comment tenir les échéances. Il intègre les règles de reprise applicables aux arrêts délivrés depuis le 15 juin 2026.

Par Moses Ben Said, président de JDM Digital, éditeur de vOSagentsPublié le 10 min de lecture

La périodicité de chaque visite médicale, en une liste

Le Code du travail ne fixe pas une fréquence unique : il fixe des délais maximaux, selon le poste et la situation du salarié. Le médecin du travail peut rapprocher les visites, jamais les espacer davantage. Voici les plafonds en vigueur.

  • Visite d’information et de prévention (VIP), à l’embauche : dans les trois mois qui suivent la prise effective du poste (article R. 4624-10). Avant l’affectation pour un travailleur de nuit ou un salarié de moins de dix-huit ans (article R. 4624-18), dans les deux mois pour un apprenti.
  • Renouvellement de la VIP : tous les cinq ans au plus, selon la périodicité fixée par le médecin du travail (article R. 4624-16).
  • Suivi adapté : tous les trois ans au plus pour les travailleurs handicapés, les titulaires d’une pension d’invalidité, les travailleurs de nuit et tout salarié dont l’état de santé, l’âge ou le poste le justifie (article R. 4624-17).
  • Suivi individuel renforcé (SIR) : examen médical d’aptitude avant l’affectation, renouvelé par le médecin du travail tous les quatre ans au plus, avec une visite intermédiaire au plus tard deux ans après (articles R. 4624-24 et R. 4624-28).
  • Visite de reprise : après un congé de maternité, une maladie professionnelle, au moins trente jours d’arrêt pour accident du travail ou soixante jours pour maladie ou accident non professionnel ; au plus tard huit jours après la reprise (article R. 4624-31).
  • Visite de préreprise : possible pendant tout arrêt de plus de trente jours (article R. 4624-29).
  • Visite de mi-carrière : à l’échéance fixée par accord de branche, à défaut l’année civile des quarante-cinq ans du salarié (article L. 4624-2-2).
  • Visite de fin de carrière ou post-exposition : pour les salariés qui relèvent ou ont relevé du SIR, dans les meilleurs délais après la fin de l’exposition ou avant le départ à la retraite (articles L. 4624-2-1 et R. 4624-28-1).
  • Visite à la demande : à tout moment, à l’initiative du salarié, de l’employeur ou du médecin du travail (article R. 4624-34).

Suivi simple, adapté ou renforcé : ce qui fixe le rythme de chaque salarié

Tout salarié bénéficie d’une visite d’information et de prévention. Elle peut être menée par le médecin du travail ou, sous son autorité, par un infirmier de santé au travail, et donne lieu à une attestation de suivi (article L. 4624-1). Ce n’est pas un examen d’aptitude : elle informe le salarié des risques de son poste et repère s’il doit voir le médecin du travail (article R. 4624-11). Une nouvelle VIP n’est pas requise à l’embauche si le salarié en a passé une dans les cinq ans (trois ans en suivi adapté) pour un emploi identique aux risques équivalents, si le professionnel de santé dispose de la dernière attestation et si aucune mesure ni inaptitude n’a été prononcée sur la période (article R. 4624-15).

Le suivi individuel renforcé concerne les postes exposés à l’amiante, au plomb, aux agents cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction, aux agents biologiques des groupes 3 et 4, aux rayonnements ionisants, au risque hyperbare ou au risque de chute de hauteur lors du montage et du démontage d’échafaudages, ainsi que tout poste dont l’affectation est subordonnée à un examen d’aptitude spécifique prévu par le code (article R. 4624-23). L’employeur peut compléter cette liste, par écrit et en motivant chaque poste, après avis du médecin du travail et du CSE s’il existe ; la liste est transmise au service de santé au travail et mise à jour chaque année.

Deux cas fréquents sont sortis de ce régime le 1er octobre 2025 : la conduite d’équipements soumise à autorisation de conduite, et les opérations au voisinage de pièces nues sous tension. Elles relèvent désormais d’une attestation de non contre-indication médicale, valable cinq ans, délivrée par le médecin du travail après un examen (articles R. 4323-56 et R. 4544-10, issus du décret n° 2025-355 du 18 avril 2025). Les avis d’aptitude délivrés auparavant à ce titre en tiennent lieu pendant cinq ans.

Enfin, la visite « tous les deux ans » que beaucoup ont en tête n’existe plus depuis le 1er janvier 2017 : le rythme dépend du type de suivi, dans les plafonds ci-dessus.

Après un arrêt de travail : reprise, préreprise et rendez-vous de liaison

C’est là que les échéances passent le plus souvent inaperçues : elles naissent d’un événement, pas d’un calendrier. Dès qu’il connaît la date de fin d’un arrêt qui ouvre droit à une visite de reprise, l’employeur saisit le service de prévention et de santé au travail, qui organise l’examen le jour de la reprise effective, au plus tard dans les huit jours (article R. 4624-31). Pour un arrêt de moins de trente jours consécutif à un accident du travail, il n’y a pas de visite de reprise obligatoire, mais l’employeur en informe le médecin du travail, qui juge de l’opportunité d’un examen (article R. 4624-33).

Pour les arrêts délivrés depuis le 15 juin 2026, la visite de reprise n’est plus requise si deux conditions sont réunies : le salarié a passé une visite de préreprise dans les trente jours précédant sa reprise, et le médecin du travail y a conclu qu’aucune mesure d’aménagement du poste ou du temps de travail n’était nécessaire. Le salarié, l’employeur ou le médecin peuvent toujours la demander (décret n° 2026-503 du 12 juin 2026). Le même décret prévoit que l’employeur est informé de l’organisation d’une préreprise, sauf opposition du salarié (article R. 4624-30). Si vous ignorez qu’une préreprise a eu lieu, ou ce qu’elle a conclu, saisissez le service : la dispense est une exception, pas la règle.

La préreprise elle-même est possible dès que l’arrêt dépasse trente jours, à l’initiative du salarié, de son médecin traitant, des services médicaux de l’Assurance maladie ou du médecin du travail ; l’employeur doit informer le salarié qu’il peut la demander (articles L. 4624-2-4 et R. 4624-29). Au même seuil, un rendez-vous de liaison peut réunir le salarié et l’employeur, avec le service de santé au travail. Ce n’est pas une visite médicale ; l’employeur informe le salarié qu’il peut le demander, et un refus ne peut avoir aucune conséquence (articles L. 1226-1-3 et D. 1226-8-1).

L’enjeu n’est pas que formel : tant que la visite de reprise due n’a pas eu lieu, le contrat de travail reste suspendu, même si le salarié a repris son poste. Or après un accident du travail ou une maladie professionnelle, l’employeur ne peut rompre un contrat suspendu que pour faute grave ou impossibilité de le maintenir pour un motif étranger à l’accident ou à la maladie (article L. 1226-9).

Mi-carrière, fin de carrière, visite à la demande : celles qu’on oublie

La visite de mi-carrière a lieu à l’échéance fixée par un accord de branche ou, à défaut, durant l’année civile du quarante-cinquième anniversaire du salarié. Elle peut être avancée et jumelée avec une autre visite quand le salarié doit voir le médecin du travail dans les deux ans qui précèdent, et un infirmier de santé au travail en pratique avancée peut la réaliser. Depuis fin juillet 2026, un dépistage précoce des maladies cardio-neuro-vasculaires y est aussi proposé (article L. 4624-2-2). Le texte fixe l’échéance, pas qui la déclenche : repérez vous-même les salariés concernés et demandez la visite si la convocation ne vient pas. L’employeur organise un entretien de parcours professionnel dans les deux mois qui suivent cette visite (article L. 6315-1), et les mesures que le médecin propose lors des visites suivantes y sont abordées (article L. 4624-3).

La visite de fin de carrière concerne les salariés qui relèvent ou ont relevé du suivi renforcé, et ceux qui ont été exposés aux mêmes risques avant sa création. Le médecin y dresse l’état des lieux des expositions. Elle n’attend pas la retraite : elle est due dès la fin de l’exposition. L’employeur informe le service de santé au travail dès qu’il a connaissance de cette fin d’exposition, d’un départ ou d’une mise à la retraite, et en avise sans délai le salarié ; à défaut, celui-ci peut la demander lui-même, du mois qui précède jusqu’à six mois après la fin de l’exposition (articles R. 4624-28-1 à R. 4624-28-3).

Reste la visite à la demande : le salarié, l’employeur ou le médecin du travail peuvent la solliciter à tout moment, et la demande du salarié ne peut motiver aucune sanction (article R. 4624-34). Pour l’employeur, c’est l’outil des doutes entre deux échéances.

Qui prend l’initiative, et ce que risque l’employeur

Le service de prévention et de santé au travail convoque, mais l’obligation reste celle de l’employeur, qui en supporte le coût (articles L. 4622-1 et L. 4622-6). Il adresse chaque année au service un document qui précise le nombre et la catégorie des salariés à suivre et les risques auxquels ils sont exposés, notamment ceux qui relèvent du suivi renforcé (article D. 4622-22). Il le saisit pour l’embauche et pour la reprise, et l’informe d’une fin d’exposition ou d’un départ à la retraite. Le temps des visites est pris sur le temps de travail sans retenue de salaire, ou rémunéré comme du travail effectif quand elles ont lieu en dehors des heures, et les frais de transport sont à sa charge (article R. 4624-39).

Ne pas organiser ces visites est puni de l’amende prévue pour les contraventions de cinquième classe (article R. 4745-3), et d’une peine d’emprisonnement en cas de récidive dans les trois ans (article L. 4745-1). Le risque le plus fréquent est pourtant civil : le suivi médical se rattache à l’obligation de sécurité de l’employeur (article L. 4121-1), et un salarié revenu d’un long arrêt sans visite de reprise a un contrat toujours suspendu, avec les conséquences vues plus haut.

Tenir les échéances sans tableur

Un suivi fiable repose sur quatre données par salarié : date d’embauche, type de suivi, date de la dernière visite, périodicité retenue par le médecin. S’y ajoutent les événements qui créent une obligation en cours de route : un arrêt qui franchit un seuil, un retour de congé de maternité, une fin d’exposition. Un tableur garde les dates ; il ne voit pas passer un arrêt de soixante-deux jours.

C’est le rôle de l’application Visites médicales de vOSagents. La prochaine échéance de chaque collaborateur se calcule à partir de sa date d’embauche et de sa dernière visite, selon son type de suivi, et la RH est prévenue à l’approche, dans un délai d’alerte que l’organisation choisit. Les collaborateurs sans date d’embauche sont comptés et signalés, plutôt que laissés hors du calcul. Un arrêt enregistré dans l’application Arrêts de travail ouvre une visite de reprise à planifier quand sa durée dépasse le seuil réglé pour son type (zéro pour une maladie professionnelle, par exemple), de même qu’un retour de congé de maternité posé dans l’application Congés.

La RH planifie après avoir pris rendez-vous auprès du service de santé au travail (l’application ne s’y connecte pas) : elle saisit la date et le lieu, et le collaborateur reçoit sa convocation par e-mail. Après la visite, la RH saisit la conclusion (apte, apte avec restrictions, inapte temporaire ou définitif) et les aménagements à appliquer, jamais un diagnostic. Le responsable hiérarchique voit les dates et, selon le réglage, les aménagements à mettre en œuvre ; jamais le type de visite ni le résultat. Si le médecin fixe une autre échéance, la RH la corrige en indiquant pourquoi.

Deux limites à connaître. Les périodicités sont des réglages de votre organisation, préremplis d’exemples : c’est à vous de les aligner sur les textes et sur ce que fixe votre médecin du travail. Et les visites de mi-carrière ou de fin de carrière ne font pas partie des types fournis : elles s’ajoutent comme types personnalisés et se planifient à la main.

Questions

Ce qu’on nous demande sur ce sujet.

Non. La visite périodique « au moins tous les vingt-quatre mois » a disparu le 1er janvier 2017. Depuis, la visite d’information et de prévention se renouvelle tous les cinq ans au plus (trois ans en suivi adapté), et l’examen d’aptitude du suivi renforcé tous les quatre ans au plus, avec une visite intermédiaire à deux ans. Le médecin du travail peut fixer un rythme plus court.

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