Médias et culture : direction, communication, relations presse

Comment faire un dossier de presse : le plan, les visuels et leurs droits, et ce que l’IA peut préparer

Un dossier de presse est la matière à partir de laquelle un journaliste écrit : ce qu’il n’y trouve pas, il le cherche ailleurs ou s’en passe. Ce guide s’adresse à la direction ou au service communication d’une maison d’édition, d’une salle, d’un festival, d’un musée ou d’un média : le plan d’un dossier qui sert, ce qui le distingue d’un communiqué, les droits des visuels, que les guides de rédaction oublient, et ce qu’un agent IA prépare à partir de vos archives, AI Act compris.

Par Moses Ben Said, président de JDM Digital, éditeur de vOSagentsPublié le 9 min de lecture

Dossier de presse ou communiqué de presse : deux documents, deux usages

Le communiqué annonce une nouvelle : une parution, une programmation, une nomination. Il tient en une ou deux pages et part au moment où l’information devient publique. Le dossier de presse donne au journaliste de quoi écrire : le sujet en détail, les personnes, les repères, les visuels et les contacts. Il accompagne un événement (un spectacle, une exposition, la sortie d’un livre ou d’un disque, un festival, une saison) ou présente la structure elle-même, et il reprend souvent le communiqué en tête.

Les deux ne se lisent pas de la même façon. Le communiqué est lu d’un trait ou pas du tout ; le dossier se consulte. Le journaliste y cherche une date, l’orthographe d’un nom, une citation, une photo en haute définition, souvent à la veille de son bouclage. Un bon dossier se reconnaît à ce qu’il répond à ces recherches sans qu’il faille appeler le service de presse.

Le plan d’un dossier de presse

Il n’existe pas de plan obligatoire, mais l’ordre suit l’usage : l’essentiel d’abord, le détail ensuite, les ressources à la fin. Pour un événement, le plan suivant couvre ce qu’un journaliste attend.

  • La couverture : le titre, la mention « dossier de presse », les dates et le lieu, le contact presse, et l’embargo s’il y en a un (la date et l’heure avant lesquelles rien ne doit paraître).
  • L’essentiel en une page : qui, quoi, quand, où, et pourquoi maintenant. Beaucoup de journalistes n’iront pas plus loin ; cette page doit suffire à écrire une brève.
  • Le sujet en détail : la note d’intention de l’auteur, du metteur en scène ou du commissaire, le programme, le propos, ce qui est nouveau.
  • Les personnes : des biographies courtes, à jour et validées par les intéressés, et des citations qu’ils ont réellement prononcées ou relues.
  • Les repères : dates, historique et chiffres, chacun avec sa source, et la liste des partenaires, coproducteurs et soutiens, avec les mentions que vos conventions vous imposent.
  • Les informations pratiques : dates, horaires, lieux, accès, accréditations et invitations presse.
  • Les visuels : la liste des images disponibles, chacune avec sa légende, son crédit et ses conditions d’utilisation, et le lien vers les fichiers en haute définition.
  • Les contacts presse : un nom, une adresse, un téléphone, et les disponibilités des personnes pour une interview.

Adapter le dossier à l’objet, et écrire pour un journaliste

Le plan se décline selon l’objet. Un dossier de spectacle ajoute la distribution et les mentions de production ; un dossier de livre, la fiche technique et un extrait ; un dossier d’exposition, la liste des œuvres reproductibles et leurs conditions ; un dossier de structure, l’histoire, l’équipe et les projets. Dans tous les cas, le dossier se date, et chaque nouvelle version remplace la précédente partout où elle a été déposée.

Un dossier de presse n’est pas une plaquette. Le journaliste y cherche des faits qu’il pourra vérifier et reprendre, et il se méfie de tout ce qui ressemble à de la promotion : superlatifs, « rendez-vous incontournables », chiffres sans source. Ce qui le sert, ce sont des phrases qu’il peut citer, un angle clair, et la réponse aux questions qu’il se posera : qu’est-ce qui est nouveau, pour qui, et pourquoi cela compte maintenant.

Le ton de la maison a sa place, à condition de ne pas couvrir les faits. Une citation reste dans les mots de la personne et ne paraît qu’avec son accord. Un chiffre porte sa source et sa date. Une information sous embargo se signale comme telle, dans le message d’envoi comme sur la couverture. Et le dossier part en PDF léger, les images en haute définition restant accessibles par un lien : une messagerie refuse souvent un fichier trop lourd.

Les visuels : droit d’auteur, crédits et droit à l’image

C’est la partie que les guides de rédaction oublient, et celle qui crée les litiges. Une photographie, une illustration, une affiche sont des œuvres : leur auteur en a la propriété du seul fait de leur création, et commander puis payer une séance photo ne lui retire pas, à lui seul, ce droit (article L111-1 du code de la propriété intellectuelle). Toute reproduction faite sans son consentement est illicite (article L122-4). Le contrat qui transmet des droits d’auteur est écrit, chaque droit cédé y est mentionné distinctement, et son exploitation est délimitée quant à son étendue, sa destination, son lieu et sa durée (articles L131-2 et L131-3). Avant de mettre une image dans un dossier, vérifiez que le contrat du photographe couvre la diffusion à la presse, pour la durée où vous la proposez.

L’auteur a aussi droit au respect de son nom (article L121-1) : chaque image porte son crédit, sous la forme qu’il demande. Le code prévoit une exception pour la presse : un journal peut reproduire une œuvre d’art graphique, plastique ou architecturale dans un but exclusif d’information immédiate et en relation directe avec elle, en indiquant clairement le nom de l’auteur (article L122-5, 9°). Elle ne vaut pas pour les œuvres, notamment photographiques ou d’illustration, qui visent elles-mêmes à rendre compte de l’information, et elle concerne la publication par la presse, pas la diffusion de vos visuels par vous-même : ce que vous mettez dans le dossier doit être autorisé.

Les personnes photographiées ont un droit sur leur image, rattaché au respect de la vie privée (article 9 du Code civil). Diffuser l’image d’une personne reconnaissable demande en principe son accord écrit, précis sur le support, l’objectif et la durée ; une réutilisation dans un autre but demande un nouvel accord, et l’image d’un mineur celui de ses parents. Des exceptions existent, pour l’actualité ou pour une personnalité publique dans l’exercice de ses fonctions, mais une photo de répétition, de public ou d’équipe n’en relève pas toujours : l’accord écrit reste la règle prudente. Une fiche par visuel évite de le redécouvrir à chaque dossier.

  • L’auteur, le crédit à reproduire, et le contrat qui autorise la diffusion à la presse, avec sa durée.
  • Les personnes reconnaissables et leurs autorisations, datées.
  • La légende exacte : qui, quoi, où, quand.
  • Les conditions données aux journalistes : pour quels articles, jusqu’à quand, recadrage permis ou non.
  • La mention claire de toute image produite ou retouchée par une IA.

Ce qu’un agent IA prépare, et ce qu’il ne doit pas faire

Un dossier de presse se prête bien au travail avec un agent, parce qu’il se construit presque entièrement à partir de textes que la maison possède déjà : dossiers précédents, notes d’intention, programmes, biographies validées, articles parus, conventions de partenariat. À partir de ces documents, l’agent dresse la chronologie d’un sujet, met à jour une biographie depuis sa dernière version validée, rédige la page de l’essentiel et le sujet en détail au ton de vos dossiers précédents, puis prépare les déclinaisons : le communiqué, la brève pour la lettre d’information, le texte de présentation pour le site. Chaque déclinaison reprend le fond sans le réécrire.

La consigne de ce qu’il ne doit jamais faire s’écrit avant le premier dossier. Il n’invente pas une citation, ni ne la reformule au point de la changer ; il n’invente ni un chiffre, ni une date, ni un prix reçu, ni un partenaire ; il distingue ce qu’il a lu dans vos documents de ce qu’il suppose, et marque le second, par exemple « [À VÉRIFIER : date de création de la compagnie] ». Une information trouvée sur le web se vérifie à sa source avant d’entrer dans le dossier. Et une image de synthèse ne remplace pas une photographie : si elle ressemble à la salle, à l’œuvre ou aux artistes au point de passer pour vraie, elle trompe le journaliste, et la loi impose de le signaler.

L’IA et l’AI Act : faut-il signaler un texte rédigé avec l’IA ?

Depuis le 2 août 2026, l’article 50 du règlement européen sur l’IA impose des obligations de transparence à qui utilise un système d’IA dans un cadre professionnel. Deux concernent un dossier de presse. La première vise les hypertrucages : une image, un son ou une vidéo générés ou manipulés par IA, qui ressemblent à des personnes, des objets, des lieux ou des événements existants et pourraient passer pour authentiques, se signalent comme tels ; pour une œuvre manifestement artistique, créative ou fictionnelle, il suffit de signaler leur existence d’une manière qui ne gâche pas l’œuvre.

La seconde vise le texte généré ou manipulé par IA et publié dans le but d’informer le public sur des questions d’intérêt public : il se signale, sauf s’il a fait l’objet d’un examen humain ou d’un contrôle éditorial et qu’une personne physique ou morale assume la responsabilité éditoriale de sa publication. Les lignes directrices adoptées par la Commission européenne le 20 juillet 2026 en précisent la portée : un texte interne à l’organisation n’est pas publié, la publicité et les descriptions de produits sortent du champ, mais les questions d’intérêt public couvrent tout développement culturel susceptible de nourrir le débat public. Un dossier mis en ligne sur un sujet de cet ordre peut donc être concerné.

L’exception a des conditions. L’examen humain porte sur le fond, par une personne qui connaît le sujet, et comprend au minimum la vérification des faits ; une relecture d’orthographe ou une validation de pure forme ne suffit pas, et une retouche par l’IA après la validation fait tomber l’exception. Les lignes directrices demandent aussi que l’identité de la personne ou de la fonction qui assume la responsabilité éditoriale soit facile à trouver. En pratique : un relecteur nommé qui vérifie les faits, aucune retouche automatique après son accord, et un responsable identifié dans le dossier.

Tenir les dossiers de presse dans la durée

La qualité d’un dossier tient d’abord à ce qu’on retrouve : la dernière version validée d’une biographie, le crédit exact d’une photo et le contrat qui l’autorise, les mentions qu’une convention impose, le dossier de l’an dernier. Une maison qui range ces éléments une fois, au même endroit, ne repart plus de zéro.

Dans vOSagents, ce rangement tient dans les documents de référence du service communication : dossiers précédents, charte éditoriale, biographies validées, liste des visuels avec leurs crédits et leurs autorisations, mentions des partenaires. Chaque événement peut avoir son projet, avec la note d’intention, le programme et les textes de l’équipe artistique. Les consignes du service fixent le ton, les longueurs et ce qui ne s’écrit jamais ; la structure du dossier et la règle de ne rien inventer s’écrivent une fois, comme procédure. L’agent rédige dans un document Word ou Google Docs de votre compte relié, où la rédaction relit et corrige, ou en présentation aux couleurs de votre charte, exportable en PDF ; le message aux journalistes part de votre messagerie après votre confirmation.

Trois limites à connaître. L’agent ne publie rien, ni sur votre site, ni sur les réseaux sociaux, ni sur une plateforme de diffusion. Il ne lit ni l’audio ni la vidéo : une interview enregistrée se transcrit d’abord. Et il ne vérifie pas les droits à votre place : il reprend ce que dit votre liste des visuels, rien de plus.

Questions

Ce qu’on nous demande sur ce sujet.

Il n’y a pas de norme. Ce qui compte est que la première page suffise à écrire une brève, et que le reste se consulte facilement : un sommaire, des intertitres clairs, des repères datés. Un dossier qui s’allonge pour paraître complet devient plus difficile à utiliser, pas plus convaincant.

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