Quatre familles d’outils, pour quatre besoins différents
Avant de comparer des offres, il faut savoir dans quelle famille on cherche. Ce ne sont pas des produits concurrents, ce sont des réponses à des besoins distincts, et beaucoup d’entreprises en combinent deux.
- L’assistant généraliste, en offre professionnelle : il rédige, résume et raisonne très bien, pour chaque salarié pris séparément. Il ne sait de l’entreprise que ce que chacun lui donne dans la conversation.
- L’IA intégrée à vos logiciels : la suite bureautique, le CRM, l’outil de comptabilité ajoutent des fonctions d’IA dans leur propre périmètre. Utile, mais chacune ne voit que son logiciel.
- La plateforme d’agents par service : un agent par fonction (RH, finance, commercial, direction), qui travaille avec les documents et les consignes du service, se connecte à vos outils, et ne voit que ce que la personne a le droit de voir.
- Le développement sur mesure : un projet pour un besoin que rien ne couvre, souvent dans le cœur du métier. Le plus adapté, et le plus long à livrer et à maintenir.
Critère 1 : ce que l’outil sait de votre entreprise
C’est le critère qui décide de l’usage réel. Un outil qui ne connaît ni vos modèles, ni vos procédures, ni votre vocabulaire oblige chacun à réexpliquer le contexte, et les textes produits se réécrivent. Demandez comment l’outil reçoit vos documents de référence, qui les dépose, comment il les cite dans ses réponses, et s’il peut lire vos fichiers, votre messagerie et votre agenda à travers des connexions que vous contrôlez.
Critère 2 : où vont les données, et qui les traite
« Hébergé en Europe » ne répond qu’à une partie de la question. Il y en a trois : où les données sont stockées ; quel fournisseur de modèle les traite pour produire une réponse, et dans quel pays ; et si elles servent à entraîner un modèle. Un éditeur sérieux publie la liste de ses sous-traitants avec leur rôle et leur zone de traitement, signe un contrat de sous-traitance conforme à l’article 28 du RGPD, et dit lesquels traitent des données hors de l’Union, avec quel encadrement.
À titre d’exemple, la page Sécurité de vOSagents liste chaque prestataire, son rôle et sa zone, et indique lesquels sont situés hors de l’Union européenne. Une organisation peut y choisir le modèle de Mistral AI, traité en France. C’est ce niveau de détail qu’il faut exiger de tout éditeur, nous compris.
Critère 3 : des droits par personne, et le cloisonnement
Un outil d’entreprise donne à chaque salarié un compte nominatif, rattaché à un service, avec des droits qui se retirent le jour du départ. Il doit surtout respecter les droits qui existent déjà : un collaborateur sans accès aux dossiers RH ne doit pas pouvoir les lire en interrogeant l’IA. Posez la question précisément : l’IA voit-elle tout ce qui est déposé dans l’outil, ou seulement ce que la personne qui l’interroge a le droit de voir ?
Critère 4 : qui valide ce que l’IA fait
Dès qu’un outil peut agir (envoyer un e-mail, créer un événement, modifier un document, valider une demande), la question devient : agit-il seul, ou propose-t-il ? Préférez un outil où toute action qui engage l’entreprise est préparée par l’IA et confirmée par une personne, où l’on peut régler ce qui se fait seul tâche par tâche, et où chaque action laisse une trace consultable par l’organisation.
Critère 5 : un coût prévisible
L’IA se consomme, et les modèles de prix varient : par compte, à l’usage, ou un mélange des deux. Le prix affiché compte moins que la prévisibilité. Quatre questions la révèlent : qu’est-ce qui est compris dans le prix de base ; que se passe-t-il quand un utilisateur dépasse ; qui peut autoriser une dépense supplémentaire, et jusqu’à quel plafond ; et où la consommation de chacun est-elle visible en cours de mois. Une offre « illimitée » qui ne répond pas à ces questions déplace le problème sur la facture suivante.
Critère 6 : pouvoir en sortir
Un outil se choisit aussi par la façon dont on le quitte. Demandez si vous pouvez exporter vos documents, vos conversations et vos données dans un format lisible, ce qu’il advient des données après la résiliation et dans quel délai elles sont effacées, et si l’outil permet de changer de modèle d’IA sans changer d’outil. Les modèles progressent vite ; un outil lié à un seul fournisseur vous lie à son calendrier.
Trois erreurs de choix qui reviennent
La première est de choisir sur la démonstration. Une démonstration est préparée sur des documents propres et des questions attendues ; votre quotidien est fait de modèles anciens, de procédures en trois versions et de demandes mal formulées. Ce que l’outil fait de ce quotidien ne se voit qu’à l’essai.
La deuxième est de laisser chaque service choisir le sien. Le commercial adopte un outil, la RH un autre, la finance un troisième : un an plus tard, les documents de l’entreprise sont répartis chez trois éditeurs, avec trois politiques de données, trois façons d’ouvrir et de fermer les comptes, et personne ne sait ce qui est sorti. Un outil commun, organisé par service, laisse à chacun son périmètre sans multiplier les contrats.
La troisième est d’oublier qui l’administrera. Dans une PME sans DSI, ce sera la personne qui gère déjà les comptes et les accès, en plus de son travail. Demandez à voir l’écran où l’on crée un compte, où l’on retire un accès, où l’on lit la consommation du mois : si ces gestes demandent l’éditeur ou un prestataire, l’outil coûtera plus que son prix.
La grille, et l’essai qui tranche
Reprenez les six critères comme une grille de questions, envoyez-la par écrit aux éditeurs que vous retenez, et comparez les réponses, pas les démonstrations. Une réponse qui renvoie à une page publique vaut mieux qu’une promesse orale.
Puis faites un essai sur un vrai dossier, pas sur une démonstration préparée : un service, ses documents de référence, deux semaines. Mesurez la part de ce que le service a dû reprendre à la main. C’est le chiffre qui départage deux outils qui se valent sur le papier.
Sources
Les textes officiels et les publications sur lesquels repose ce guide, consultés à la date de sa dernière mise à jour.