Ce que doit couvrir un onboarding : quatre niveaux, cinq temps
Le cadre le plus cité vient d’un rapport de Talya Bauer publié en 2010 par la fondation de la SHRM, l’association américaine des professionnels des ressources humaines. Il distingue quatre niveaux, les « 4 C » : la conformité (compliance), soit les règles légales et internes ; la clarification, qui fait comprendre au salarié son poste et ce qu’on attend de lui ; la culture, c’est-à-dire les normes de l’organisation, écrites ou non ; la connexion, enfin, le réseau de relations et d’informations que l’arrivant doit se construire. Le rapport observe que presque toutes les organisations couvrent la conformité, et que celles qui s’en tiennent là, avec un peu de clarification, finissent par voir l’onboarding comme une liste de tâches sans lien entre elles.
Les modèles français en ligne font souvent l’inverse : ils soignent l’accueil et oublient la conformité. La checklist qui suit couvre les deux, découpée en cinq temps : avant l’arrivée, le premier jour, la première semaine, le premier mois, la fin de la période d’essai. Elle commence par ce que la loi impose, parce que c’est ce qui se rattrape le plus mal.
Avant l’arrivée : les obligations légales de l’employeur
Ces formalités valent quelle que soit la taille de l’entreprise, et la plupart se jouent avant le premier jour.
- La déclaration préalable à l’embauche (DPAE) : nominative, adressée aux organismes de protection sociale désignés, avant l’embauche et au plus tôt dans les huit jours qui la précèdent (articles L1221-10 et R1221-4 du code du travail), par voie électronique en principe. Le salarié en reçoit une copie ou l’accusé de réception ; l’obligation est remplie si son contrat écrit mentionne l’organisme destinataire (article R1221-9).
- Pour un salarié étranger, la vérification préalable de son autorisation de travail auprès de la préfecture, sauf s’il est inscrit sur la liste des demandeurs d’emploi (articles L5221-8 et R5221-41).
- Le contrat : obligatoirement écrit pour un CDD, qui doit préciser son motif (article L1242-12), et pour un temps partiel (article L3123-6). Une période d’essai ne se présume pas : elle n’existe, comme son renouvellement, que si la lettre d’engagement ou le contrat la prévoit expressément (article L1221-23).
- Le registre unique du personnel, tenu dans chaque établissement : le salarié y est inscrit au moment de l’embauche, dans l’ordre des embauches et de façon non effaçable (article L1221-13), avec notamment sa nationalité, sa date de naissance, son emploi, sa qualification, ses dates d’entrée et de sortie et, selon le cas, la nature de son contrat ou de son titre de travail (article D1221-23). Ces mentions se conservent cinq ans après son départ (article R1221-26).
- La complémentaire santé collective : l’employeur doit en faire bénéficier ses salariés et en financer au moins la moitié (article L911-7 du code de la sécurité sociale). Pour un contrat souscrit auprès d’un assureur, c’est à l’employeur souscripteur de remettre au salarié la notice d’information établie par l’assureur (article L141-4 du code des assurances). Dans certains cas (salarié déjà couvert, CDD, temps partiel), le salarié peut demander une dispense d’adhésion.
- Pour un poste en suivi individuel renforcé, l’examen médical d’aptitude a lieu avant l’affectation au poste (article R4624-24) : il se planifie avant le premier jour.
L’information écrite sur la relation de travail, obligatoire depuis 2023
C’est l’obligation la plus récente, et celle que les checklists ignorent le plus. Depuis la loi du 9 mars 2023 portant diverses dispositions d’adaptation au droit de l’Union européenne, l’employeur remet au salarié un ou plusieurs documents écrits qui contiennent les informations principales sur la relation de travail (article L1221-5-1 du code du travail). Le décret du 30 octobre 2023 en a fixé la liste et les délais, applicables depuis le 1er novembre 2023 (articles R1221-34 et R1221-35).
- Au plus tard le septième jour calendaire après l’embauche : l’identité des parties, le ou les lieux de travail, l’intitulé du poste et les fonctions, la date d’embauche, la date de fin ou la durée prévue d’un CDD, la durée et les conditions de la période d’essai, les éléments de la rémunération avec leur périodicité et leurs modalités de paiement, la durée du travail et les conditions de recours aux heures supplémentaires.
- Au plus tard un mois après l’embauche : le droit à la formation assuré par l’employeur, la durée des congés payés, la procédure à suivre en cas de rupture, les conventions et accords collectifs applicables, les régimes obligatoires de protection sociale et les contrats collectifs complémentaires.
- Plusieurs de ces informations peuvent prendre la forme d’un renvoi aux textes ou à la convention collective (article R1221-37), et un arrêté du 3 juin 2024 publie des modèles de documents.
- Un salarié qui n’a pas reçu ces informations ne peut saisir le juge pour les obtenir qu’après avoir mis l’employeur en demeure de les lui communiquer (article L1221-5-1).
Les trois premiers mois : ce qui a une échéance
En pratique, un contrat écrit complet couvre déjà l’essentiel de la première liste ; reste à vérifier, ligne par ligne, ce qu’il ne dit pas, et à remettre le complément dans le mois. Les autres échéances des premières semaines tiennent en peu de lignes, mais chacune a sa date.
- La visite d’information et de prévention, dans les trois mois de la prise effective du poste (article R4624-10). Notre guide sur la périodicité des visites médicales détaille les cas particuliers.
- La formation à la sécurité : l’employeur organise une formation pratique et appropriée à la sécurité pour toute personne qu’il embauche (article L4141-2). Dans des bureaux, elle s’appuie sur les consignes de sécurité des locaux et sur le document unique d’évaluation des risques.
- L’entretien de parcours professionnel : le salarié est informé dès l’embauche qu’il en aura un au cours de sa première année (article L6315-1). Fixez la date dès l’arrivée ; notre guide sur l’entretien de parcours professionnel en décrit le contenu.
- Le règlement intérieur, obligatoire à partir de cinquante salariés, à l’expiration d’un délai de douze mois après le franchissement du seuil (article L1311-2), et porté par tout moyen à la connaissance des personnes qui accèdent aux lieux de travail (article R1321-1). Une scale-up qui passe le cap des cinquante a donc un an pour l’écrire.
- L’affichage obligatoire et les documents tenus à disposition des salariés, que l’arrivant doit savoir où trouver : notre guide sur l’affichage obligatoire en donne la liste.
- La fin de la période d’essai, dont la date se calcule dès la signature du contrat : c’est le dernier moment pour un bilan honnête, des deux côtés.
La partie humaine : le premier jour, la première semaine, le premier mois
La conformité évite le contentieux ; elle ne donne envie à personne de rester. La seconde moitié de la checklist tient à trois choses : un poste prêt, des attentes claires, des personnes identifiées.
- La veille : l’ordinateur configuré, les comptes ouverts avec les seuls accès dont le poste a besoin, le badge, et un message de bienvenue qui dit l’heure, le lieu et qui accueillera. En télétravail, le matériel livré avant le premier jour.
- Le premier jour : un accueil par le manager, pas seulement par la RH ; la présentation de l’équipe ; le livret d’accueil et la charte informatique ; un premier sujet concret, même petit.
- La première semaine : un référent désigné, qui n’est pas le manager et à qui l’on peut poser les questions qu’on n’ose pas poser ; un rendez-vous avec chacun des interlocuteurs clés du poste ; l’accès aux documents de référence de l’équipe.
- Le premier mois : des objectifs écrits, tirés de la fiche de poste (notre guide sur la fiche de poste dit comment la rédiger), un point hebdomadaire avec le manager, et un point à trente jours où l’arrivant dit aussi ce qui lui a manqué.
- Avant la fin de la période d’essai : un bilan préparé des deux côtés, qui confirme l’embauche, ou non, en connaissance de cause.
Une checklist qui ne dépend de la mémoire de personne
Une checklist d’onboarding ne vaut que si chaque ligne a un responsable et une date. La date se calcule depuis la date d’embauche : huit jours avant au plus tôt pour la DPAE, sept jours après pour la première série d’informations écrites, un mois pour la seconde, trois mois pour la visite d’information et de prévention. Le responsable se désigne par fonction : la RH pour les formalités, l’informatique pour le matériel et les accès, le manager pour les objectifs et les points, le référent pour la première semaine.
Écrite une fois, dans un modèle commun, elle se copie pour chaque arrivée. Le piège d’une entreprise qui grandit vite est d’avoir autant de checklists que de managers, chacune à jour de ce que son auteur a appris à ses dépens. Dans une entreprise tech, deux lignes méritent un soin particulier : la liste des accès ouverts à l’arrivée, qui sera celle des accès à fermer au départ, et la documentation interne, qui porte une bonne part de la façon de travailler de l’équipe.
Ce que l’espace de travail tient, et ce qu’il ne fait pas
Dans vOSagents, l’arrivée commence dans les paramètres de l’organisation : le compte s’ouvre par une invitation, et le poste, le service, l’établissement et le responsable qu’on y renseigne mettent à jour l’annuaire et l’organigramme. Le service décide aussi des agents que l’arrivant voit. Le contrat se rédige depuis vos modèles dans l’application Contrats de travail, puis part en signature électronique avec ses signataires préremplis (notre guide sur la signature électronique du contrat de travail en dit la valeur). La fiche de poste vient de l’application du même nom, la visite médicale d’embauche rejoint les échéances de l’application Visites médicales, et l’entretien de parcours professionnel celles de l’application Entretiens. Les lignes de la checklist qui reviennent à d’autres s’attribuent dans l’application Attribuer une tâche, avec une date cible (l’attribution hors de sa propre équipe s’ouvre par un réglage de l’organisation), et chacun voit ce qu’on attend de lui.
Pour les questions de l’arrivant, les documents rangés dans la partie « Toute l’entreprise » des documents de référence (livret d’accueil, règlement intérieur, charte informatique, accord de télétravail, notice de mutuelle, politique de frais, convention collective) servent à l’agent de chaque service. L’arrivant demande à son agent comment poser un jour de télétravail ou ce que rembourse une note de frais : l’agent répond depuis vos textes en citant le passage, et trouve dans l’annuaire qui fait quoi. Il peut aussi préparer une première version du livret d’accueil ou du plan du premier mois depuis vos documents ; la RH ou le manager la relit.
- L’espace de travail ne fait ni la DPAE, ni la paie, ni l’affiliation à la mutuelle, et ne tient pas le registre unique du personnel : ces formalités restent dans vos outils et auprès de vos organismes.
- Toute écriture de l’agent est une proposition que la personne confirme.
- Les données sensibles du dossier RH (date et lieu de naissance, nationalité, numéro de sécurité sociale, titre de séjour, adresse personnelle, salaire) ne s’affichent jamais dans la conversation.